Vendredi 16 mai 2008

          Les dernières prévisions de croissance annoncées 1,9 % pour 2007 et voilà quel culmine a 2,1 % ! Aussitôt nos gouvernants se sont réjouis de cette annonce. De Lagarde à la presse : "Vous accueillez ce matin un ministre de l'Economie qui se réjouit et qui jubile". Sarkozy a estimé que ces résultats "témoignent de la nécessité de garder le cap" et Fillon juge que "C'est une très, très bonne nouvelle", y voyant une conséquence "des mesures que nous avons prises en faveur du travail". Mais ces réactions sont elles justifiées ?
          L'économiste Nicolas Bouzou, qui dirige la société Asterès qu'il a fondé, est enseignant à Sciences-Po et à l'Université Paris VII. L'homme est un libéral pur sucre, comme l'atteste ce concentré de propagande néo-libéral que l'on peut lire sous sa plume dans "Petit précis d'économie appliquée à l'usage du citoyen pragmatique", un ouvrage qu'il a publié en mars 2007 : "Nous ne travaillons pas assez, les entreprises investissent trop peu, notre système fiscal pénalise la création de richesse et la croissance future. Quant à notre marché du travail, sa rigidité protège les salariés en place, mais ferme les portes de l'ascenseur social aux plus fragiles. L'Etat enfin, gaspille de précieuses ressources sans compter. Ces assertions reposent chacune sur des faits tangibles, et non sur des a prioris idéologiques". Que de contre vérité. Encore une fois, dire que les Français ne travaillent pas assez est faux (voir Durée du travail en France : ça bosse fort !). La dénonçiation du système fiscal est une vieille marotte de la droite (purement idéologique, donc) et ce sont de semblables positions qui ont justifiées le bouclier fiscal. Le marché du travail, jugé trop rigide et trop hermétique, est constamment flexibilisé depuis une quinzaine d'années sans que jamais les travailleurs n'en est bénéficier ! Depuis 1980, "la proportion des travailleurs à temps partiel est passée de 6 à 18% de l'effectif salarié total, et celle des autres formes d'emploi atypiques (intermittence, intérim, etc.) de 17 à 31% du salariat" (Le Monde, 30 novembre 2007). Dans le même temps, "le revenu salarial net n'a pratiquement pas augmenté depuis ces vingt-cinq dernières années" (Les Échos, 30 novembre 2007), tandis qu'ont explosé les profits du capital : "les approximations optimistes concèdent 16% d'augmentation seulement (des salaires) entre 1987 et aujourd'hui. C'est aussi en 1987 que naissait le CAC 40, avec un indice 1000. Il cotait 5697 points le 11 décembre dernier : + 470%, donc" (Le Monde diplomatique, janvier 2008). Voilà donc quel est le résultat concret de la flexibilisation du marché du travail que prône Bouzou et la droite ! Toujours est-il que cet économiste, qui propage avec rage les dogmes libéraux, devrait être enthousiaste à propos de l'embellie de la croissance qui fait sauter de joie le gouvernement. Mais il n'en rien. Interrogé par Les Echos il estime que "La trentaine de mesures en faveur du pouvoir d'achat n'ont pas empêché la consommation des ménages de freiner fortement". "Le gouvernement se réjouit de bons chiffres dont pas grand-chose de tangible ne montre qu'ils puissent être mis à son crédit", conclut-il.
          Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie et la fiscalité , ancien ministre de l'économie, est encore plus sévère en dénonçant "la fanfaronnade sidérante du gouvernement". "Ce niveau de croissance atteint en 2007 reste faible, surtout au regard des résultats obtenus par nos principaux partenaires européens (2,6% pour l'ensemble de la zone euro, 2,5% pour l'Allemagne et 3% pour le Royaume-Uni). L'analyse des enquêtes de conjoncture montre une dégradation profonde et durable des indicateurs économiques en France". Exemple : "la production industrielle se tasse (-0,8% en mars 2008). L'autosatisfaction dont fait preuve le gouvernement est dès lors totalement déplacée et à tous égards inacceptable."
          Pour l'heure, les résultats de croissance du premier trimestre garantissent un acquis "confortant" selon Christine Lagarde, les prévisions, très optimiste, d'une croissance annuelle comprise entre 1,7 % et 2 % pour 2008. Il est vrai qu'avec 0,6 % de croissance au premier trimestre 2008, le PIB a progressé sur un rythme deux fois plus élevé qu'au dernier trimestre 2007, d'ailleurs revu en légère baisse, à 0,3 % (contre 0,4 %). Ce résultat "performant" du début 2008 est à lié à la relative bonne santé de l'économie allemande, qui est notre premier partenaire commercial et qui a progressé de 1,5 % au premier trimestre. Conséquence, les exportations ont augmentées de 3,1 % au premier trimestre. Pourtant, les économistes relativisent ces résultats et anticipent un important ralentissement au second et troisième trimestre 2008. Alexander Law, de chez Xerfi, estime que "Tous les éléments sont réunis pour freiner la consommation cette année" citant pêle-mêle la baisse du moral des ménages, celle des crédits à la consommation, le pic d'inflation et le ralentissement du marché du travail.

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