Dimanche 8 juin 2008

          Etienne n'est jamais parvenu à rencontrer Mitterrand, ni Danièle, ni Mazarine. Pourtant, en 1981-83 il a tout tenté. Pour entretenir l'espoir il tue le temps en sautant des bourgeoises, des prolotes et des demi-folles, en buvant du thé chinois et en découvrant Miles Davis, Prevert et Marguerites Duras au fil de rencontre plus enrichissante les unes que les autres. Il fait l'artiche dans le demi-monde, avec les Roms, chez les bobos, à Paris comme à Avignon, et s'étonne avec naïveté et désespoir qu'on ne puisse discuter le bout de gras avec Tonton comme avec la voisine du dessous. Fils d'un mécano communiste, il n'a pas eu 20 ans dans les Aurès et croit que c'est arrivé pour lui. Le jour de son anniversaire, 10 mai 1981, il croit au grand soir, la gauche a pris le pouvoir en passant par la grande porte et l'espoir d'un changement durable né sur les marches du pantheon en se garçon romantique et bienheureux, idéaliste et obsédé sexuel pris de passion par la cause des travailleurs harceler par le pratronnat. Il va s'apercevoir assez rapidement que la gauche s'est corrompue en se complaisant dans les dorures, le pouvoir et les voitures de luxe. Les débuts de la grande désillusion ...
          Le fil rouge de ce récit, moitié romancé, moitié autobiographique, c'est la tendre obstination de ce jeune homme à tout faire (dont faire jouir les copines et les bonnes ocases ...) qui cherche absolument à aborder Mitterrand. Le récit est ponctué par des têtes de chapitres qui remémorent les événements des années 1981-83. Les grandeurs et les avancées, les reculades et les petitesses de l'impuissance du socialisme au pouvoir.
          Plus passioné qu'un Lucchini, plus excentriques qu'un Alphonse Allais, plus impertinent que Philippe Meyers, plus bouillonant que François Cavanna, plus savoureux que Daniel Pennac, plus mordant que Jules Renard et plus éfficace que Roger Vaillant, il est l'héritier des grand Jacques Perret et Fréderic Dard. Constamment hilarant, jouissif, jubilatoire et truculent, on savoure ces bons mots et tournures de phrases qui font les délices des lecteurs du Canard, de Charlie ou de San Antonio et des scénaristes de films franchouillards qui laissent au lecteurs du grain à moudre avant de se dire « aprés tout, vivons, baisons, et oublions de continuer à passer pour des cons ».
          Publié par les éditions La Musardine, comme beaucoup de titres sulfureux ou libidineux, libertins ou simplement coquins, tout comme les précédents ouvrages de Liebig, manuéliste de l'abordage galant et grand prêtre du point G. Mentionnons Osez coucher pour réussir ; Comment draguer la militante dans les réunions politiques ; Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle.
          Ici, découverte des corps et des fantasmes féminins ou triolisme sont évoqués comme allant de soi, comme on en papoterait entre copains. Politiquement, c'est un traité de savoir-survivre au large d'un corps social qui souffre à l'usage des jeunes générations et à ce titre à mettre entre les plus adolescentes mains. Au naturel, les siennes, celles de Liebig, parcourent un saxo avec autant de génie que son héros parcours le corps des femmes.
          Pour les nostalgiques de l'ère mitterrandienne, ou pour les plus jeunes qui aimeraient comprendre ce que signifia l'avènement de la gauche en 1981, l'ouverture des ondes, les radios libres, l'abolition de la peine de mort, des ministres communistes au gouvernement, ... Et la libération sexuelle, conséquence de Mai 68, juste avant l'arrivée du sida.

          « Comme pour des milliers de jeunes français, la victoire de François Mitterrand et de la gauche en 1981 a été pour moi une formidable bouée où accrocher désespérément mes rêves d'utopie, mes espoirs d'égalités sociales et ma soif de libertés partagées. [...] Dans Paris, à cette époque, les filles étaient belles, leur regard pur, leurs jambes longues, elles sentaient l'amour comme je sentais le désir. Les femmes m'ont fait oublier la sueur poisseuse de mes journées de travail, l'odeur âcre du métal que l'on charrie, la chaleur du chalumeau, le manque de chance d'être pauvre. Les femmes m'ont fait oublier la déception de n'être rien sous la droite et de n'être pas plus sous la gauche quand on est ouvrier. En 1981, j'avais 20 ans, j'aurais donné mon scooter et ma collection de disques de Miles Davis pour rencontrer François Mitterrand et ne plus entendre de disco à la radio. Le sort en a décidé autrement. »

"Je n'ai jamais rencontré Mitterrans, ni sa femme, ni sa fille ...", Étienne Liebig, édition La Musardine, 17 €.

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Commentaires

Oui, grâce à ton blog j'ai lu le bouquin j'ai bien rigolé et je me suis posée des questions sur la gauche et les vraies changements de société .. Des questions!!
Commentaire n°1 posté par lubin le 15/06/2008 à 08h55

Merci pour l’intérêt que tu as porté au livre de Liebig. En effet, si on se marre beaucoup. Quasiment du début jusque la fin, il nous oblige à nous interrogez. Car les questions qu’il soulève, si elles sont en rapport avec les années 80, sont bien souvent d’actualité.

Réponse de Anthony GRATACOS le 15/06/2008 à 16h59
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