Emploi


Dimanche 8 juin 2008

          Reprise en boucle par les médias, sans aucun esprit critique ni aucune pondération, la nouvelle est a la une : le chômage baisse en France. -0,2 % par rapport au trimestre précédent et une décrue de 1,2 point sur un an, avec un taux au plus bas depuis 1983 et un nombre de demandeurs d'emploi ramené à la barre symbolique des deux millions. Limite pénible à atteindre sur lesquels s'use les statistique depuis 1984.
          Le taux de chômage des moins de 25 ans a reculé à 17,2 % (21,1 % un an auparavant), mais il reste deux fois supérieur à celui des 25-49 ans, qui passe à 6,6 % (7,5 % il y a un an).
          L'UMP se félicite d'un « recul historique du chômage » alors que Nicolas Sarkozy salue « un succès important » et souligne que c'est « le meilleur chiffre depuis 25 ans ». « ça prouve que la stratégie retenue est la bonne », estime-t-il, en se fixant l'objectif du « plein-emploi », qu'il situe autour de 5 % . C'est un point de vue ...
          Christine Lagarde, un peu plus lucide, note que ce « record » a été obtenu « grâce à un effet démographique ». En clair, les départs à la retraite massifs des « baby boomers », les enfants de l'après-guerre, entraînent mathématiquement un mouvement important de libération d'emplois qui amortit l'impact des arrivées sur le marché du travail. Là où, sous le gouvernement Jospin, il fallait crée 200 000 emplois pour trouver un équilibre entre les départs à la retraites et les primo arrivants sur le marché du travail s'est crée un déficit de 40 000 emplois par ans. C'est-à-dire qu'il y a 40 000 retraités de plus que de nouveaux salariés sur le marché du travail chaque année depuis un peu moins de 5 ans. Ce recul est également lié pour une infime partie à la politique de libéralisation du marché du travail du gouvernement et à une précarisation accrue des salariés. Les premiers résultats de la libéralisation des conditions d'embauches et de travail sont là, accompagnés de leurs cortèges de misères travailleuses, de déboires professionnels, de départ à la retraites anticipés et de glaneurs dans les poubelles des grandes surfaces. A y regarder de plus près, le gouvernement n'est pour rien, ou si peu, dans cette embellie purement mécanique que ne ressentent d'ailleurs pas les Français. L'enquête de mai de l'Insee montre que les ménages perdent le moral alors que les économistes ne voient pas la croissance rebondir, le chômage repartant dans la foulée en fin d'année.
          Au total, reste 2,64 millions de chômeurs officiel et on met de moins en moins d'essence dans le réservoir et de moins en moins de courses dans le chariot pour la même somme.

Des chômeurs cachés dans les statistiques.

          Pourtant, malgré les départs massifs, une libéralisation grandissante des conditions d'embauche et une politique d'incitation à l'embauche radicalement en faveur des entreprises et une manipulation certaine des statistiques, la décrue n'est pas si importante. D'ailleurs « Le chômage statistique diminue plus vite que le chômage réel ». Cette conclusion de l'Office français des conjonctures économiques (OFCE) résume cette double réalité. La moitié de la baisse est une affaire de démographie (640 000 départs à la retraite depuis un an), l'autre moitié une histoire de chiffres. Première « manipulation » dénoncée par la CGT chômage, le ministère du Travail ne compte que les demandeurs d'emploi dits de catégorie 1, autrement dit immédiatement disponibles pour un emploi à temps plein et non dispensés de recherche. Quelque 385 000 seniors de plus de 57 ans, 85 000 chômeurs en formation et autant en indisponibilité sont ainsi placés dans d'autres catégories non comptabilisées dans les statistiques. Les radiations ont également produit leur effet : entre 2004 et 2007, elles ont augmenté de 12 % par an. Du coup, sur 1,3 million de bénéficiaires du RMI (+22% depuis 2002), 790 000 ne figurent pas dans les statistiques du chômage, faute d'inscription aux Assedic ou à l'ANPE. Enfin, les jeunes qui restent inscrits étudiants ou apprentis pour garder une couverture santé mais qui, en réalité, cherchent un emploi, ne sont pas comptabilisés.
          L'ANPE vient d'annoncer 4,1% d'inscription en plus. Comment ce chiffre est-il compatible avec une baisse du chômage ? C'est que l'INSEE ne se base pas sur les chiffres de l'ANPE ! Comment l'Institut parvient-il alors à conclure à une baisse du chômage ? Les Échos nous livrent l'explication : l'INSEE procède par sondage et recherche les personnes n'ayant jamais travaillé, ne serait-ce qu'une heure, au cours de la semaine de référence. Les chômeurs doivent également témoigner d'une recherche « active » d'emploi. Ce n'est pas le cas de l'ANPE, qui ne recense que les personnes inscrites dans ses fichiers, dès lors qu'elles ont travaillé moins de 78 heures au cours du dernier mois. D'où cette étonnante distorsion : l'ANPE dénombre au premier trimestre une augmentation de 7700 chômeurs quand l'INSEE en compte 77 000 en moins ! Un grand écart à s'en déchirer les adducteurs.

Le chômage diminue, le sous emploi augmente.

          Le constat de l'INSEE sur le premier trimestre 2008 montre que si les statistiques officielles chutent de 1,2 point en un an, c'est en grande partie parce que de plus en plus de demandeurs d'emploi retrouvent une activité réduite et peu rémunérée. Moins de chômeurs, plus de travailleurs pauvres. La notion de sous-emploi au sens du Bureau international du Travail (BIT) apparaît pour la première fois en France. Elle désigne les personnes qui ont un emploi à temps partiel et ne sont donc plus compter comme chômeurs dans les statistiques de l'INSEE. Mais elles ne travaillent que 11 à 12 heures par semaine, soit un tiers-temps, pour des salaires de 300 euros. Ce sont surtout des emplois de services à la personne. Cette nouvelle réalité du marché du travail apparaît en page 5 de la note de l'INSEE : « on y voit la courbe du sous-emploi monter à partir de 2006, depuis que la courbe du chômage baisse ». Dans cette même note, page 3, la chute la plus importante du chômage officiel est observée chez les femmes de 15 à 24 ans : - 5,4% en un an. C'est la catégorie la plus concernée par les emplois de proximité, avec celle des jeunes hommes de 15 à 24 ans (- 2,7% en un an). Ces « non-chômeurs en situation de sous-emploi » ne peuvent améliorer leur situation financière qu'en accroissant leur temps de travail, c'est-à-dire en multipliant le nombre de leurs employeurs. C'est ce qui se passe aux États-Unis et c'est de cette manière que Tony Blair a fait baisser le taux de chômage britannique. En Allemagne, où le chômage diminue de manière spectaculaire, la part de la population menacée de pauvreté est passée de 18,9% à 25% en six ans. La France, l'Espagne et l'Italie suivent le même chemin : aggravation des inégalités salariales parce que des personnes exclues jusqu'ici du marché du travail obtiennent des emplois peu qualifiés. Selon le ministère de l'Emploi, plus d'un million de salariés ont besoin de travailler davantage pour vivre décemment.

Les secteurs qui recrutent

          Aides à domicile, employés de maison sont les activités qui enregistrent les plus fortes hausse des recrutements. Une tendance qui dure depuis quelques années. Près de 42 000 offres d'emplois au plan national. Mécanique et commerce automobile, une des 15 filières les plus demandeuses (+2,8% d'offres de recrutements). L'informatique, dans les domaines très qualifiés. Plus de postes d'ingénieurs et de cadres que de technico-commerciaux. Les sages-femmes, infirmiers, aides-soignants sont très demandé et la demande n'est que très peu satisfaite. Dans le bâtiment et les travaux publics, la situation est très paradoxale. En dépit d'une conjoncture récente moins favorable les entreprises recrutent (près de 146000 offres). Mais attention, les profils demandés sont souvent de haute qualification et la profession ne trouve pas ce dont elle a besoin.

 

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