Alors que quinze des vingt sept pays européens ont déjà ratifiés le traité de Lisbonne par voie parlementaire, l'Irlande
organise se jeudi un référendum. L'Irlande est la seul nation à être tenu, de part sa constitution, à organiser un scrutin populaire afin de ratifié un traité extra-national (la France l'était
également, mais Sarko à préféré faire sauter cette règle inscrite par Chirac dans la constitution...). S'il est ratifié à temps par tous les pays, et qu'il n'est rejeté par aucun, il entrera en
application au 1er janvier 2009. Rédigé après de laborieuses négociations, il remplace le projet de Constitution Européenne rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005. Un dernier sondage
publié dimanche donne une très courte avance au « oui » dans ce scrutin crucial pour le traité, alors que le non l'emportait d'après les sondages des deux dernières semaines. Les incertitudes
demeurent donc, et le scrutin tiendra demain en haleine les partisans comme les ennemies du « Mini » traité.
Alors que l'Irlande est le pays qui a le plus bénéficié de son intégration à l'UE elle avait déjà rejeté par referendum le traité de Nice en
2001, qui avait été finalement adopté par un nouveau référendum en 2002. Cette fois, le « oui » et le « non » sont au coude à coude. Avec trois points d'avance à 42% d'intentions de vote le « oui
» arrive en tête du dernier sondage publié légalement avant la consultation jeudi des quatre millions d'électeurs irlandais sur le traité réformant les institutions européennes. Mais les
partisans du texte restent mobilisés car, comparé à l'enquête réalisée par l'institut Red C il y a quatre semaines, leur camp n'a gagné qu'un point, tandis que le « non » a rallié 6 points
obtenant 39%. Un autre sondage de l'institut TNS MBBI publié il y a quinze jours plaçait le « non » en tête avec 35% des intentions de vote contre 30% pour le « oui ».
Le premier ministre Irlandais Brian Cowen, en poste depuis un mois, déclaré dimanche sur la radio publique RTE : « Je pense que ce traité va
être adopté. J'ai confiance dans le discernement et le bon sens des Irlandais... » « Je crois qu'ils penseront à toutes les bonnes choses dont nous avons bénéficié depuis notre adhésion à l'Union
Européenne... », a-t-il ajouté, insistant sur le fait qu'en cas de rejet l'Irlande serait « marginalisée » au sein de l'UE. « Il s'agit d'un accord convenable, équilibré, bon pour l'Irlande et
bon pour l'Europe », a-t-il plaidé.
Pour Dick Roche, le ministre Irlandais des Affaires Européennes, « il ne fait aucun doute que si le « non » l'emporte ici ou s'il y a un
rejet du traité dans un autre Etat membre, l'Europe sera plongée dans une nouvelle période de crise », a-t-il dit sur Sky news dimanche. M. Roche a assuré que la campagne pour le « oui » serait
menée jusqu'à la dernière minute pour rappeler aux Irlandais que leur pays est l'un des « grands gagnants de l'Europe ».
Les élus et responsables du gouvernement Irlandais lancent depuis une semaine dans les médias des appels tout azimuts à la mobilisation
pour le « oui ». Car si le peuple Irlandais est partagé, la classe dirigeante ne l'est pas : plus de 75 % des élus defendent le « oui ». Alors l'enjeu de ces prochains jours va être de convaincre
les indécis (19%) dans un pays où l'électorat est coutumier de mouvements d'opinion de dernière minute. L'issu du scrutin dépendra donc à la fois de la capacité de mobilisation des pro-traité et
des indécis qui sont enclins à voter non, mais qui ne sont pas forcement disposés à aller voter.
L'organisme indépendant chargé de la supervision du référendum aurait préparé, selon le Sunday Times, un dispositif inédit d'envoi de texto
sur tous les téléphones portables d'Irlande : un pour rappeler le scrutin de jeudi, un autre comme piqûre de rappel juste avant la fermeture des bureaux. Selon Gearoid O'Rourke, directeur de «
Rock the vote » à l'origine de cette initiative, un tel dispositif permettrait d'augmenter la participation d'environ 4%.
Aucun des deux camps n'est donc assuré de l'emporter. Si la victoire du « oui » est possible, la victoire du « non » est plausible. Si le
oui l'emportait la présidence Française de l'UE sera largement consacrée à la mise en œuvre de son application, et notamment à la création du service extérieur commun (ndlr : service chargé
de soutenir le futur ministre de l'Union aux Affaires étrangères, combinant les rôles et les fonctions de l'actuel haut représentant pour les Affaires étrangères et de sécurité commune et de la
commissaire aux Relations extérieures) prévu par le texte. L'UE sous sa forme actuelle, capitaliste-libérale et bien peu démocratique, serait ressuscitée et survivrait encore longtemps, comme un
malade dans le coma qu'on tient sous respiration artificielle. Si le « non » l'emporte demain en Irlande, cela risque de produire un effet domino. En République Tchèque, le Président de la
République est un adversaire notoire du Traité. L'opposition de gauche est quant à elle favorable à la ratification tandis que la majorité de droite y est plus résignée que favorable. Il
suffirait de bien peu de choses pour transformer cette résignation en hostilité. Seul le fait qu'ils succéderont à la France à la présidence de l'UE retient les Tchèques de repousser le Traité
pour ne pas transformer leur future présidence en situation ingérable. Mais si l'Irlande dit « non » avant, ce bémol disparaîtra. Plus important encore, au Royaume-Uni, Gordon Brown s'est engagé
sans conviction à faire ratifier le Traité par la voie parlementaire. Mais le parti conservateur exige un référendum, tout comme une partie des travaillistes. Or ce référendum serait bien
évidemment perdu. Gordon Brown, qui est très affaibli après la défaite du Labour aux municipales, pourrait donc être tenté de différer la procédure de mise en œuvre de la ratification, comme
l'avait fait Tony Blair avec la Constitution après le « non » de la France. Il y aurait en effet une allure d'acharnement thérapeutique à vouloir surmonter le « non » irlandais comme on a
surmonté le « non » français et néerlandais en 2005. Il serait alors peut être temps de se poser la question de ce que les peuples Européens veulent pour
l'avenir et de remettre l'ouvrage sur le métier. Si bien que je lançe un appel à mes camarades irlandais : please, save the european
democracy, vote No !





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